L’histoire du monnayage celtique est indissociable de l’influence des grandes cités méditerranéennes. Parmi elles, Marseille (Massalia) a fourni les modèles iconographiques qui ont inspiré les graveurs gaulois pendant des siècles. À travers l’étude de trois types de potins (monnaies de fonte), nous pouvons retracer le passage d’une imitation fidèle à une réinterprétation stylistique propre au génie celte, notamment chez les peuples Sénons, Parisii et Véliocasses.
I. Le modèle originel : Le prototype marseillais
Tout commence avec ce prototype : un bronze lourd de Marseille, frappé entre -215 et -121 av. J.-C.. On y distingue un buste de profil et, au revers, un taureau chargeant sur une ligne d’exergue. Ce modèle a servi de référence majeure avant d’être remplacé par des bronzes réduits après -121 jusqu’en -49.
II. Le Potin de type MA (POT 1) : La transition
Le premier stade de l’appropriation gauloise est le potin de type MA. Directement copié des types de Marseille, il en conserve la célèbre marque « MA ». Si le buste commence à être « celtisé », le taureau reste très similaire au modèle d’origine. C’est une monnaie produite sur une longue période, avec un poids moyen de 3,15 g, dont la variabilité témoigne d’évolutions métrologiques constantes. Ce potin a été étudié à partir de 345 exemplaires, dont 218 ont été pesés. Leur poids varie de 1,41 g à 5,52 g, pour une moyenne de 3,15 g. Par ailleurs, 87 % des exemplaires se situent entre 2 g et 4 g. L’écart-type, relativement élevé, révèle que ce potin a été produit sur une longue période et qu’il a subi des évolutions métrologiques. Ce type est daté de la fin du IIIᵉ siècle av. J.-C. au début du IIᵉ siècle av. J.-C. Dans un premier temps, il avait été attribué aux Mandubiens en raison de la présence de la marque « MA ». Toutefois, Colbert de Beaulieu a contesté cette attribution, soulignant que les découvertes de ce potin étaient beaucoup trop dispersées pour permettre un tel rattachement.
Sa carte de répartition montre une présence massive chez les Véliocasses, les Parisii et les Sénons. Cette large diffusion, comparée aux types suivants, suggère qu’il est le prototype direct des deux autres séries.
III. Le Potin au taureau et au lys (POT 2) : L’affirmation stylistique
Avec le potin n° 2, l’iconographie change : le buste arbore une tête casquée et une fleur de lys apparaît au revers, au-dessus du taureau. Déjà attesté entre 200 et 160 av. J.-C. Ce type a été étudié à partir de 159 exemplaires, dont les poids s’échelonnent de 1,68 g à 4,39 g, pour une moyenne de 2,92 g. Initialement attribué aux Leuques, puis aux Lingons, il semblerait aujourd’hui devoir être rattaché plus probablement aux Sénons, voire même à une production locale des Tricasses
Ce type se décline en trois classes distinctes :
- Classe 1 : La plus proche du modèle initial.
- Classe 2 : Nettement plus stylisée avec une dégénérescence du taureau et la présence de 2 globules.
- Classe 3 : Comporte 2 globules supplémentaires sous le taureau.
On observe des circulations locales spécifiques : à l’oppidum de Bar-sur-Aube, la classe 2 domine nettement, alors que dans la région de Brienne-le-Château, c’est la classe 1 qui circule.
La répartition géographique indique un penchant marqué pour le territoire des Sénons, particulièrement dans le secteur de Troyes.
IV. Le Potin n° 3 : L’abstraction ultime
Le potin n° 3 pousse la stylisation à son paroxysme. La tête casquée et le taureau à la queue levée y sont traités de manière schématique. Avec un poids moyen de 2,92 g et un écart-type faible, sa production semble avoir été plus homogène et plus courte que celle des types précédents. Voici l’aire de répartition du potin numéro 3. On peut voir qu’il est possible de trouver ces 3 potins sur un même site il peut s’agir d’une évolution iconographique chronologique ou alors un brassage de monnaies entre populations proches géographiquement ayant eu le même prototype pour un potin
Ce monnayage circule sur une aire plus restreinte, principalement chez les Sénons. La découverte de ces trois types sur les mêmes sites suggère soit une évolution chronologique continue, soit des échanges intenses entre populations proches partageant un même héritage monétaire. Ce type n’a été étudié qu’à partir de 16 exemplaires. Leur poids est compris entre 2,20 g et 3,75 g, pour une moyenne pondérale de 2,92 g. Les poids individuels n’étant pas tous connus, il n’est pas possible d’effectuer une analyse métrologique plus détaillée. L’écart-type, relativement faible, tend à indiquer que ce potin a été produit sur une période assez courte. En revanche, le nombre d’exemplaires actuellement recensés reste insuffisant pour proposer une datation fiable.
Conclusion
L’évolution de ces trois classes de potins illustre parfaitement le dynamisme des ateliers gaulois. Du réalisme grec de Marseille à l’abstraction celtique, ces monnaies témoignent de la structuration économique et de l’identité culturelle des peuples de la Gaule du Nord et de l’Est.
Retrouvez en vidéo une présentation complète consacrée à l’origine, à l’évolution et à la diffusion des différents types de potins celtiques. Vous y découvrirez des analyses détaillées, des comparaisons et de nombreuses illustrations pour mieux comprendre ces monnaies gauloises. N’hésitez pas à regarder la vidéo jusqu’au bout !
Bronze de Massalia Marseille grecque gauloise
Un exemplaire superbe, où chaque détail – des muscles du taureau à la finesse des traits d’Apollon – raconte l’histoire de Marseille et de ses fondateurs, alliée à la virtuosité des artisans grecs.






